lundi 14 janvier 2013

Ortho-Master : dernier épisode ?!

Remonter le temps :
L'attente, les dossiers, les réunions, les rencontres, les manifs, les slogans, les articles, les hakas...
Et au final toujours
rien.
Mais ça bouge.
Beaucoup, même.
Vendredi, nous serons fixé-e-s sur l'avenir de notre profession.
Vendredi, c'est champagne ou hara-kiri.
Pas de demi-mesure.
Mais résumons :
Après les manifestations de fin 2011 et de début 2012, après les élections présidentielles, après l'investiture de nos nouvelles ministres de tutelles, après la reprise des discussions... On recommence tout.


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Les représentants de la profession (et pas QUE la FNO : la FOF, la CGT, FO... Tous unis derrière le même projet, n'en déplaise aux détracteurs du syndicat majoritaire qui se perdent dans des querelles de clocher) ont du reprendre tout leur travail sur les référentiels pour la réforme de la formation initiale des orthophonistes. Ce qu'ils ont fait. Et, surprise, la conclusion n'a pas changé : le grade exact pour les orthophonistes, c'est bien le grade Master.
Ce rapport a été rendu vendredi dernier, le 11 janvier.
Et nos deux ministres ont répondu : le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche a dit OK. Le Ministère de la Santé n'a pas donné son accord.
Oui, ça te rappelle quelque chose à toi aussi ?
Retour au point de départ...

Sauf que là, c'est fini de jouer la montre et de tirer sur la corde de notre patience : quelqu'un va trancher. Oui, parce qu'il y a quelqu'un au dessus des Ministres. C'est Matignon. Et Matignon s'empare du schmilblick.
La réponse, elle arrivera vendredi, ce vendredi, le 18 janvier.
Dans 4 jours !
Cette fois-ci, ce serra sans appel : si Matignon dit OK, c'est champagne, mais s'il dit non, c'est fichu.

Alors nous n'avons plus que 4 jours devant nous, pour rappeler leurs promesses à notre actuel Premier Ministre, Monsieur Ayrault, et à notre Président, Monsieur Hollande. Au moment de la campagne présidentielle, tous deux se sont prononcés en faveur du Grade Master pour les orthophonistes.
Les promesses n'engagent que ceux qui y croient...
Et bien je suis vachement engagée, moi, je peux te le dire !

Je suis partagée entre l'immense espoir et la trouille taille méga.
Des mois, des années même (mais oui !) que nous expliquons, discutons, bataillons... et recommençons. Et là, vendredi, ce sera terminé. Pour le meilleur ou pour le pire. J'ai le vertige. C'est pas le moment ! Il nous reste 4 jours pour nous mobiliser à nouveau, pour la dernière fois peut-être. 4 jours, ça va vite... Trop vite.
Sur les réseaux sociaux, la Master-War a repris de plus belle.
Parmi les orthophonistes, les discussions reprennent, avec une fébrilité palpable. Je n'ai plus l'impression d'être en guerre, mais plutôt d'être dans le couloir d'un hôpital, à attendre les résultats d'une opération délicate. Pile ou face. 50-50. Pas de demie mesure.
Vendredi, je crie ma joie ou je hurle au désespoir. Dans tous les cas, sortez vos boules Quiès, ça va faire du bruit. Au moins autant que les 3 jours à venir. 

Go ! Sprint final !
ON NE LÂCHE RIEN !!!
Demain et mercredi, campagne mass-tweets.
Jeudi midi, manifestations dans les villes des centres de formation.
Et jusqu'à vendredi : mails, courriers, contacts avec les élus.

Nous serons des moustiques s'il le faut !
 
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mercredi 9 janvier 2013

Changer de vi-ll-e...

C'est la coutume, ce premier post de l'année se doit d'être celui où je commence par vous souhaiter, à tou-te-s, une très belle année 2013. Je vous souhaite beaucoup de sourires, de rencontres, de petits bonheurs quotidiens et quelques belles grandes joies aussi. Plein de bonnes choses, et puis la santé, hein, c'est important... Le plus important, même. En ce début d'année où j'ai vu partir une amie qui se battait depuis longtemps contre l'affreux crabe et où une autre amie a dit adieu à sa mère-grand, il est bon de se rappeler les priorités.
Les priorités... La vie, quoi. La notre, celle qu'on choisit, celle qu'on subit, celle qui fait sourire et celle qui fait pousser des boutons d’acné à l'adolescence, celle avec ses hauts et ses bas mais avant tout la notre. Et on n'en a qu'une. Autant ne pas la planter, pas vrai ? Ne pas ranger les rêves et les projets trop vite au placard. Parce que c'est dur de les ressortir. Un peu comme cette étagère moche qu'on a fixée au mur en attendant d'en trouver une plus belle et plus pratique, pour se rendre compte 3 ans plus tard qu'elle est toujours là et qu'on ne la voyait plus.
Bref.
Je voulais faire un billet joyeux, tu parles d'un échec !
Et pourtant, c'est l'histoire d'un projet qui ressort du placard, d'une envie à qui on donne sa chance, d'un rêve qui se concrétise.
Il y a un moment où il faut se jeter à l'eau.
Se décider à lâcher le bord.
Oser laisser la bouée au vestiaire, même, soyons fous.
Alors c'est décidé : cet été, on part.
IIIIIIIIIRWIGOOOOOOOOOOOOOO !!!
On déménage au soleil, on bouge dans le sud, on change de ville. Et peut-être même de vie, un peu aussi.
Cette semaine, les choses se précipitent : on met en vente la maison, et je recherche officiellement un-e remplaçant-e (oui, je suis d'un naturel optimiste).
Au mois d'août, si tout va bien (croisons les doigts, touchons du bois, brûlons un cierge !) on part vivre à Montauban.
Voilà, voilà...


Et je flippe, aussi, un peu quand même.
Mais ça va BIEN se passer... Hein oui ?!
Je vais avoir besoin de vos ondes positives, mes zamis !
Et laissez-moi y croire : on va faire mentir l'expression "loin des yeux, loin du cœur", chiche ?

vendredi 21 décembre 2012

T'es orthophoniste ? Non, coach en orthographe...

Je déprime.
A l'heure où les orthophonistes se battent pour la reconnaissance de leur formation et de leur champ de compétences, il y a encore des marioles pour jeter le discrédit sur notre profession et sur notre travail.
Oui parce que bon, les orthophonistes, elles (premier point : ceux qui nous critiquent disent souvent "elles" pour parler des orthos, analyse ça comme tu veux...) n'y connaissent rien en troubles de l'orthographe. Leurs quatre années d'études ? Leur mémoire de recherche ? Peanuts. Tout juste bonnes à prendre les sous des patients et à profiter du système de sécurité sociale, tiens. Bouh, c'est moche.
Mais heureusement, il y a... Les coachs en orthographe.
Parce que les coachs en orthographe, EUX, savent vraiment de quoi ils parlent. Ils ont fait des recherches. Ils se sont documentés. Et même, parfois, ils sont eux-même passé par la case "j'ai un problème", et chacun sait qu'il n'y a personne plus au courant d'un trouble que celui qui en souffre. Même que c'est pour ça, sans doute, qu'ils n'ont pas besoin d'aide ? Hm, je m'égare...
Les coachs en orthographe, EUX, ils ne font pas ça pour le fric, hein, ils font ça par pur altruisme. Et si leurs méthodes coûtent un rein de demi, c'est juste pour rentrer dans leur frais, bien sûr. EUX n'en tirent presque pas de bénéfice. Ahem.
Les coachs en orthographe, ils sont formidables, quoi... Heureusement qu'ils sont là pour rattraper les dégâts causés par l'éducation nationale et que les orthophonistes ne savent pas prendre en charge correctement.
Rhaaaaa...


Pour moi un coach c'est plutôt ça, alors j'ai du mal à saisir...
"Alleeeeeeez, encore un effort ! Et B et A et ça fait BA, et B et A et ça fait BA !"
Non ?!
 
J'ai déjà parlé ici d'une merveilleuse méthode pour vaincre la dyslexie sans orthophoniste.
Ben y'en a d'autres. Plein. Elles fleurissent, même. Style monstroplantes dans le vaisseau de Joyce, conquérant de la lumière (si tu ne vois pas à quoi je fais référence, c'est que tu as plus de 35 ans et moins de 25, démasqué, ah ah ah !).
Celle dont on entend beaucoup parler en ce moment, c'est la méthode de Anne-Marie GAIGNARD. Elle a écrit un livre formidable : "La revanche des nuls en orthographe", et propose une méthode qui permet de régler tous les problèmes d'orthographe (si, si !) en deux temps trois mouvements, le 3ème mouvement incluant la signature en bas d'un gros chèque.
Mais que je suis mauvaise langue me diras-tu !
Ce à quoi je réponds : carrément.
Tout à fait parti-pris, ce billet. Je défends ma profession, si, si. Y'aura pas grand monde pour le faire à notre place, pas vrai ?
Ceci dit il suffit d'analyser un peu le discours de la dame pour comprendre où le bas blesse.
Et là, je tire mon chapeau bien bas à Marie-Pierre Thibault, orthophoniste et docteur en linguistique, qui a su rester calme et démontrer (démonter ?) point par point que les arguments de Mme Gaignard ne reposent pas sur grand chose...

"L'orthographe -13 Décembre 2012" (RCF)

Y a-t-il une fatalité orthographique ? Pour certains, chaque mot est une succession de questions... Etre mauvais en orthographe peut être vécu comme une véritable souffrance, voire un handicap. Stéphanie Gallet et ses invités recueillent vos témoignages.
L'émission est là : http://podcast.rcf.fr/emission/142408/438841
Profitez-en, on peut la réécouter encore un moment.


Bon, alors, je lui reproche quoi, à la méthode de Mme Gaignard ?
Pas grand chose, en fait, elle me semble même plutôt pas mal, pour le peu que j'en ai vu.
Non, ça n'est pas la méthode, mon souci, à vrai dire.


Entendons-nous bien encore une fois : s'il existait un méthode capable de régler tous les soucis de lecture et d'écriture, je suis convaincue que 1 - on l'aurait trouvée (ortho, instit, coach, qu'importe !) et que 2 - on l'aurait diffusée. Et que forcément, il y aurait consensus.
Le hic, quand on parle de troubles spécifiques du langage écrit (l'appellation "officielle" de la dyslexie - dysorthographie), c'est que justement, ce sont des troubles... Spécifiques ! Et que donc, il faut adapter, moduler, personnaliser les moyens, les méthodes, les mises en œuvre des aides apportées pour remédier à ces troubles.



Baguette de Harry, baguette d'Hermione, baguette de Ron...
Et la baguette de l'orthophoniste, elle est où ? Et celle du coach ?
Ah ben non, y'en a pas, c'est bien ce qui me semblait...

Alors il est où le problème ?
Pour moi, il réside dans la présentation qu'en fait Mme Gaignard, et sur les arguments qu'elle avance.
Je fais la liste ? OK, c'est parti !
  • Pour Mme Gaignard, la dysorthographie n'est pas le résultat d'un fonctionnement cognitif spécial, c'est la conséquence d'une mauvaise méthode d'apprentissage de la lecture (vlan dans les dents les instits, y'a pas de raison qu'il n'y en ait que pour nos pommes).
  • Du coup, les orthophonistes sont peut-être utiles pour les dyslexiques (merci bien !), mais pas pour les dysorthographiques "purs" (les impurs, peut-être, ch'ais pas...). Non, pour eux, y'a la méthode de Mme Gaignard...
  • ... la dite méthode est en fait un condensé de nombreuses autres méthodes que les orthophonistes connaissent bien (de la gestion mentale, de la lecture flash...). C'est un peu gonflé de prétendre avoir inventé toute seule comme une grande cette méthode, du coup.
  • Les orthophonistes ne prennent pas en charge les adolescents (ni même les adultes, n'en parlons pas !), alors heureusement qu'elle est là ! [Je jette un oeil à mon agenda : 5 ados cette semaine... Et ma copine Christel, elle donne des cours en institut d'orthophonie sur la prise en charge des adolescents, m'enfin moi j'dis ça...]
  • Un souci majeur : Mme Gaignard confond allègrement retard et trouble. C'est terrible. Parce qu'un retard se rattrape, mais un trouble se compense : il est constitutif du fonctionnement de la personne, il faut donc mettre en place des moyens de remédiation, personnalisés et adapté au fonctionnement cognitif constaté... Du coup, si on propose une méthode prévue pour les retards à quelqu'un qui présente un trouble (ou inversement), y'a comme un problème.
  • Autre confusion de taille : celle que Mme Gaignard fait entre lecture et orthographe. Au cours de l'émission, elle utilise l'un comme l'autre, et malgré les recadrages de Mme Thibault, elle en reste à l'amalgame. Ce ne serait pas si grave si justement cette coach ne se targuait pas de "soigner" les dysorthographies "pures"...
  • Bon, en même temps, Mme Gaignard semble avoir quelques problèmes avec le sens des mots : je rigole (jaune) quand elle reprend Mme Thibault qui indique qu'il existe des hypothèses génétiques pour la dyslexie. Mme Gaignard ajoute alors, visiblement sûre de voir là une justification de sa méthode, que ça n'est pas prouvé. Ben oui, c'est un peu le principe des hypothèses... Bref.
Au final, cette émission était une occasion de plus pour Mme Gaignard de faire la promotion de sa méthode. C'est qu'avec 70 "formateurs homologués", elle peut en prendre en charge, du monde !
A part ça, Mme Gaignard a été reçue au ministère, elle
(Tu la sens, mon aigreur, là ? Je suis courroux et consternation). C'est vrai que pour parler des troubles du langage écrit, il vaut mieux faire appel à une coach en orthographe qu'à un spécialiste, comme, au hasard, euh... Un orthophoniste ? [J'ai entendu dire qu'elle était parente avec notre premier ministre. Info ou intox, je n'ai pas trouvé d'information claire à ce sujet, mais n'empêche que ça expliquerait bien des choses]

Bon, ceci dit, je m'enflamme, mais ce ne sont pas les orthophonistes les plus à plaindre dans cette affaire. Non, nous, nous sommes juste accusée de "coûter cher à la sécu" avec nos méthodes inefficaces et inadaptées (Mais, euh... Ce ne sont pas les mêmes qu'elle utilise ? Ben si, pourquoi ?). C'est surtout l'éducation nationale qui en prend pour son grade, accusée de "fabriquer" des "dysorthographiques purs".
Quand même, elle se dit scandalisée que des orthophonistes lui demandent des informations sur sa méthode; elle y voit le signe de notre incompétence. Moi, j'y vois surtout une volonté de mes confrères-zet-soeurs de se documenter et d'enrichir leurs interventions (après tout, si cette méthode est si formidable, pourquoi vouloir en priver les patients des orthophonistes ? Par pur intérêt mercantile ? Teuh teuh teuh, que c'est vilain de dire ça...).

Bon, ceci dit, tant qu'il y aura des orthophonistes pour faire du soutien scolaire remboursé par la sécu sous prétexte de rééducation orthophonique (oui, il y en a...), on aura du mal à être crédible.
Surtout que parfois, y'a même pas besoin d'autres professionnels que les orthophonistes pour ridiculiser la profession. J'y reviendrai (mais une seule note à ce sujet par semaine, je frise la démotivation...).


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Demandons à Google : à gauche, une image pour "commercial", à droite une autre pour "orthophoniste". Bon, ben ça colle pas des masses...

Je laisse le mot de la fin à une de mes consœurs qui résume parfaitement le fond de ma pensée, et qui en rajoute une louche : 

"J'ai admiré MP Thibault pour son calme impressionnant. Ceci dit, peut-être que je me trompe, je trouve que son propos, qui nous parle évidemment à nous, ortho, est moins accessible aux non-initiés que Gaignard (avec ses raccourcis, ses affirmations, son côté mélo-dramatique... bref ses exagérations). Eh oui, les vérités sont moins vendeuses... Sauf que, et peut-être, aurez-vous ressenti le contraire, bah moi je trouve que les orthos, de par leur honnêteté intellectuelle, savent moins "se vendre" et s'affirmer... Bah ouais, on n'est pas des commerciaux et ça se voit. Et sinon, je trouve qu'il manquait, pour les non initiés, un rappel sur les différents types d'orthographe (phonétique, lexicale, grammaticale). Mais globalement, contente qu'on pense aussi aux orthos pour la question de l'orthographe... " (signé Anne Frouard, oui, encore une Anne, y'en a trouze-mille dans la profession, à croire que c'est un pré-requis à la fonction d'orthophoniste, ce prénom).

Bref, nous, on est trop gentil, en fait. On ne sait pas se défendre (y'a qu'à voir le nombre de publications sur l'autisme par les psychologues, et si peu par les orthophonistes, alors que les Troubles du Spectres Autistiques, on s'en occupe nous aussi, hein, faut pas croire !) et encore moins se vendre.
Pas commerciaux dans l'âme, les orthos !
C'est peut-être ça, le fond du problème ?
Faudrait peut-être qu'on arrête d'être gentil-le-s finalement...
Mon âme de bisounours se révolte !

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Ah ah ! Quand je tape "orthophoniste + commercial", je tombe sur un site de cadeaux estempillés "speech-therapist" : !
On y trouve entre autres choses un tee-shirt comme ça :
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Et une tasse qui porte un message que je ne peux qu'approuver !
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mardi 18 décembre 2012

Mathis III, suite et... fin ?

Le deuxième et dernier rendez-vous de Mathis était prévu pour aujourd'hui, à 14h45. Maintenant, quoi... Bien sûr, tu le sens venir gros comme une maison Phénix modèle familial. Et oui.
J'ai repris à 14h cet après-midi, après une loooongue pause passée à cavaler pour aider les lutins (Noël is coming !). Quand je suis arrivée au bureau, mon répondeur clignotait.
13h05 : "Oui, c'est la maman de Mathis, vous pouvez me rappeler au XXX pour me dire si c'est bien aujourd’hui que Mathis a rendez-vous ? J'attends votre appel !"
13h23 : "Bon, c'est encore la maman de Mathis. Ben comme j'ai pas de nouvelles j'amène pas Mathis, hein. Rappelez-moi pour l'autre suivi après le déménagement s'il vous plait."
Oui, la maman de Mathis a du mal à gérer l'attente, et ne semble pas comprendre que j'ai une vie. Parfois, je dors, parfois, je mange, et parfois, j'ai autre chose à faire. Comme elle, quoi, qui a tout le temps autre chose à faire.

Je la rappelle donc dès mon retour, pour lui confirmer que oui, nous avons bien rendez-vous aujourd'hui, que j'attends Mathis dans 45 minutes, et que...
"Ah ouais mais non, c'st pas possible, là on a le camion du déménagement qui est en bas et il attend pour les cartons, alors j'peux pas venir !"
Hm... Donc en fait, quand elle m'a appelé à 13h05 elle savait déjà qu'elle ne pourrait pas venir. J'ai du mal à imaginer qu'on puisse programmer la venue d'un camion de déménagement à 13h24 (je lui laisse quand même une minute pour me laisser le message) pour 14h00. Tout ceci m'enchante.

Mais Mathis, alors, je le vois quand, pour lui dire au revoir (quand même !) et préparer la suite du suivi orthophonique après son déménagement ?
"Je vais passer vendredi, vous me préparez un courrier pour dire à l'autre orthophoniste qu'elle doit absolument lui trouver une place vite d'accord ?
- Mais, euh... Quelle orthophoniste ? Vous avez déjà contacté quelqu'un ?
- Ben non, mais j'vous ai dit qu'on partait, j'vous ai demandé d'en trouver une !
- Mais madame-la-maman-de-Mathis, ça n'est pas à moi de m'occuper de ça ! C'est à vous de contacter un orthophoniste et je lui transmettrai le dossier de Mathis, d'accord ?
- Ah oui mais non, j'ai pas que ça à faire, moi. Alors je passe vendredi et vous me donnez le courrier avec les adresses des orthos dans le coin ! Merci, à vendredi !"
Et... Elle a raccroché.

Je ne reverrai donc pas Mathis.
Ni aujourd'hui, ni un autre jour.
Et, bien sûr, il n'y a pas d'orthophoniste dans le village où il va habiter, ni même dans les environs.

Voilà, voilà...
orthophonie, déprime

mercredi 28 novembre 2012

Mathis II, où l'histoire qui n'a ni début ni fin.

Tu te souviens de Mathis (qui ne s'appelle pas Mathis, évidemment, tu te doutes bien) ? Tu te rappelles de cet entretien ubuesque qui aurait pu être drôle au 47ème degré ? Tu te remets ce petit bonhomme qui interpelle la fameuse "neutralité bienveillante" ?
Y'a des patients comme ça... Tu sais où est ta place, mais tu sais aussi que là, tu ne peux pas rester dans ta position de "simple" orthophoniste, que tu n'es pas un robot déshumanisé, et que toute cette souffrance, toute cette misère, va falloir s'en occuper aussi.
Alors tu retrousses tes manches, et tu te mets au travail comme d'autres partent en guerre.

Avant la bataille :

J'ai envoyé des courriers, j'ai appelé le médecin, j'ai laissé des messages à l'école, j'ai contacté l'hôpital, et j'ai repoussé les limites de mon emploi du temps pour faire une place à Mathis. Et puis j'ai attendu. Attendu que sa mère me rappelle, réponde à mes messages, pour que les séances se mettent en place.
Un mois, deux mois... Rien.
J'ai rappelé le médecin. Normalement, je ne fais pas tout ça : les gens connaissent les règles du jeu, à eux de les respecter. Mais quand on sent que ça ne tiendra pas si on ne fait pas plus de la moitié du chemin, alors que le besoin est là, on avance. On tend la main. Loin, loin, en avant, jusqu'au bout des doigts tendus à l’extrême, pour qu'il n'y ait plus qu'un tout petit geste à faire pour s'en saisir. Mais parfois ça ne suffit pas.
Le médecin, donc. Et puis l'école, à nouveau.
Et puis un matin, je suis en séance, et l'interphone sonne : c'est la maman de Mathis. Elle est en colère, parce qu'elle n'a pas de nouvelles, et puis alors "vous allez vous en occuper ou bien ?". J'explique les appels, les messages, l'attente... Elle se calme d'un coup : elle a changé de téléphone, elle avait oublié de me prévenir. Sourires gênés. On respire. On prend rendez-vous. La semaine prochaine, Mathis viendra. Ouf.

... Ou pas.

Le premier rendez-vous :

Il est 15h20, Mathis a rendez-vous à 15h30, ça sonne, ça doit être lui. J'appuie sur le bouton, j'entends la porte d'entrée qui s'ouvre, puis... Celle de mon bureau. Oui mais là je suis en séance. La maman de Mathis me demande si j'en ai pour longtemps :
- Dans 10 minutes madame !
- Ben parce que là on attend, et Mathis il aime pas ça !
- Personne n'aime attendre, je comprends, mais le rendez-vous est à 15h30, et là je suis en séance, vous pouvez fermer la porte s'il vous plaît ?
- Je peux pas vous envoyer Mathis ? Il va attendre avec vous, ça ira !
- Euh... Mais non ! Il attend dans la salle d'attente et quand ce sera l'heure, je viendrai le chercher !
Elle referme la porte en grommelant. J'entends Mathis qui crie derrière. Ça s'annonce bien...

15h30 (youpi je suis à l'heure !), je raccompagne ma patiente dans la salle d'attente où Mathis m'attend avec sa maman. Et deux messieurs, qui sont en train de fumer à la fenêtre. Oui, dans ma salle d'attente, celle où je mets du chauffage, des rideaux, des coussins : ils ont ouverts en grand les fenêtres et ils fument. Je leur indique qu'ils sont priés de sortir pour fumer, et de ne pas ouvrir les fenêtres comme ça, je n'ai pas envie de chauffer la rue, merci. "Non, mais ça va, quoi, on a ouvert les fenêtres c'est bon !". Ben non c'est pas bon ! Ils râlent, je râle, ils sortent, laissent la porte grande ouverte, je la referme derrière eux, ils la rouvrent en gueulant, je leur explique encore une fois que porte ouverte / froid / chauffage / fumée... Ils re-râlent, je re-explique, ils sortent. Pfiou...
Bon, à Mathis : comment ça va ? Il ne me répond pas, mais tire sur les cheveux (!) de sa mère pour qu'elle se penche vers lui, et lui chuchote quelque chose. Elle me transmet l'information :
- Ah oui, il dit qu'il veut un thé !
- ?!
- Ben il veut boire un thé, quoi !
- Mais, euh... Non, là, on va aller travailler et jouer dans mon bureau, pas boire un thé !
- Nan mais c'est parce qu'avant il buvait du café mais l'assistante sociale elle a dit qu'il fallait pas alors il boit du thé, c'est bien non ?
- Euh, si, si, mais...
- Ben vous en avez du thé, non ?
- Oui mais c'est pour ma pause, le thé, là, nous allons travailler avec Mathis, pas boire un thé.

Bon, Mathis finit par rentrer, en ronchonnant lui aussi. Décidément... Je lui demande qui sont les deux messieurs qui fument leurs cigarettes dans la rue (en faisant un cairn de mégots devant la porte d'entrée, passons...) : "Y'en a un, le vieux, je sais pas, l'aut' c'est le copain à maman, mais des fois il s'battent alors maman elle crie et puis il s'en va, et puis après y r'vient et y dit qu'il va plus la taper alors il r'vient à la maison, et puis des fois il dort pas à la maison mais ailleurs ch'ais pas où et j'm'en fous". Hm. OK...

La séance se passe sans souci majeur, si ce n'est que Mathis ne répond pas forcément à mes demandes : il a une idée en tête, et répète en boucle ce qu'il veut, de plus en plus fort, en finissant par crier, pour l'obtenir. Apparemment, c'est comme ça qu'il fonctionne à la maison, il a l'air surpris que ça ne fonctionne pas ici... En lui proposant des jeux je réussis à l'amadouer et à lui faire dire quelques mots, grande victoire.
Fin de séance, je le raccompagne en salle d'attente : les deux hommes fument toujours assis sur le pas de la porte, la porte est grande ouverte (grrrr...), madame me demande si Mathis a bien travaillé. Je lui explique que pour la première séance, nous avons surtout joué - et posé le cadre -, pour apprendre à nous connaître. Réaction immédiate de la mère qui lève la main en criant : "Quoi ? T'as pas bien travaillé ?" Mathis se couvre la tête de ses bras. OK, OK, OK, il a SUUUUUPER BIEN travaillé, tout va bien...
"Bon, il a le droit à son thé alors, hein ?"
Soupir...


La deuxième séance :
 
Mathis n'est pas venu. Pas de message sur mon répondeur, rien....
J'attends la fin de la semaine et je l'appelle. 


Une semaine plus tard :
 
Je n'ai pas réussi à joindre Mathis. J'ai laissé un message au nouveau numéro que madame m'a donné, sans retour. Quand j'ai appelé une seconde fois, une voix pré-enregistrée m'a informée que "le numéro de votre correspondant n'est pas attribué, veuillez consulter....". J'ai raccroché. 

La semaine suivante :
 
Je suis en réunion à l'heure où Mathis est censé venir. J'ai laissé un mot sur la porte, au cas où il viendrait. J'y indique que je n'ai pas de nouvelle, qu'il faut qu'ils m'appellent, et qu'ils me donnent un moyen de les contacter.
Rien. 


Encore une semaine plus tard :
 
J'ai programmé un autre rendez-vous à 15h30, je ne peux pas laisser une place vacante comme cela, trop de gens attendent...
Et paf, quand j'ouvre la porte, qui vois-je ? Mathis et sa maman... Sa maman qui présentement enguirlande la dame qui est là "à sa place". Euh... Ben non, madame, ça fait 1 mois que je n'ai pas de nouvelle, j'ai essayé de la joindre, sans succès, j'ai donc donné un rendrez-vous à quelqu'un d'autre. Elle m'engueule. Je ré-explique. Un "fait chier" fuse, ainsi que, je crois, un "connasse" à voix basse. Euh.. Pardon ? Elle relève la tête avec un air de défi. Je ne baisse pas les yeux, et je dois avoir l'air assez en colère moi aussi... Elle regarde ses pieds, marmonne, Mathis se met à pleurer, et elle aussi. Oui, oui. Mon autre patiente ne sait plus ou se mettre. Je lui fait signe d'entrer dans mon bureau et de s'installer pendant que je règle ça. Elle accélère en passant devant la maman de Mathis.

Bon... Je reprends mes explications, et elle ses justifications : c'est à cause de sa fille, elle a fugué, alors elle était occupée et elle a pas pensé à m'appeler, et puis après elle avait plus de forfait et puis on lui a chouré son téléphone, et puis et puis... OK, stop, on inspire, on expire. Je donne un rendez-vous pour la semaine suivante, même jour, même heure, et s'il y a un problème, il faut m'appeler, d'accord ? D'accord. Bon. 

Le deuxième - deuxième rendez-vous :
 
Le matin, en arrivant au bureau à 8h45, j'ai écouté les messages sur mon répondeur. Il y en avait un laissé à 2h35 du matin : la maman de Mathis, qui me demande de la rappeler "super vite".
Un autre message, lui laissé à 7h20 : "Vous m'avez pas rappelé, là, c'est la maman à Mathis, faut qu'je vous parle !" (ben non, j'ai pas rappelé entre 2h30 et 7h du matin...).
Je l'appelle donc. Et je résume :

Mathis ne viendra pas, parce que là elle n'a pas le temps de l’amener, elle fait des cartons et des valises : ils vont déménager le 04 janvier. A la campagne. C'est les HLM qui lui ont trouvé une petite maison dans un village au calme, ça va faire du bien à Mathis et puis "ses frères y f'ront moins d'conneries comme ça" parce que là où elle est ça craint. Mais comme elle n'a pas de voiture, elle ne pourra pas me l'amener. Est-ce que je connais un orthophoniste dans ce coin-là qui pourrait s'occuper de Mathis ? Bon, ils vont quand même essayer de passer la semaine prochaine pour me dire au revoir (un au revoir dès la deuxième séance, c'est un concept...), mais après ce sera trop compliqué "avec tous les trucs du déménagement là".
Bon, ben... Voilà, voilà voilà.
Mathis : the end.
Les suivis express comme ça, je préfère quand c'est parce que tout va bien...